P R I S K A    L O R A N E

« Je découvre cette artiste et sa captivante cosmogonie de visages hâlés d’or. Dans cette oeuvre où maîtrise et hasard combinent leurs élans, le charme, la grâce, la distance et l’hypnose dansent ensemble autour d’un feu de désir (est-ce lui qui projette ces clartés dorées) que semble tempérer un distance de paix. Les coulures, les glissées sont enrôlées comme caresses, larmes, incidents atmosphériques, suppléments d’âme, précieux appoints de vie. C’est une oeuvre qui vous entre dans l’oeil et y infuse, y délaie ses fluides astraux et sa poésie capricieuse. Oui, car il y a ici quelque chose des caprices de l’amour, quelque chose d’une tentation taquine. Trop amples, trop importantes, trop considérables pour être représentées dans leur intégrité physique, elles ne sont livrées que par détails, par éclats, par fragments, par scintillements. Comme une énigme révélée par indices. Le voile n’est levé que par petites aunes d’étoffe. Les femmes de Lorane ont des allures de divinités féminines, de mythes féminins, de présences-absences proches et lointaines. Ni ses forêts (sublimes, bleutées, ouvertes et fermées, enluminées de glissées d’or) ni ses visages (parties de visages, souvent) ne sont vrais, ils sont vraisemblables et exhaussés par une pellicule, un enduit de légende ou de mythe, de féerie. Luisance ou glacis ? De ce doute, l’attraction semble profiter encore. J’aime cette réinvention mélancolique et malicieuse du monde des nymphes multiraciales, des créatures édéniques. Femmes et saintes, créatures charnelles et présences sacrées, ce sont des astres du roulis, du flux et du reflux. C’est de cela, peut-être, qu’elles tirent leur pouvoir hallucinogène. Et les forêts, les futaies, les lieux de troncs hantés sont à l’aune des créatures conçues par Lorane. Osmose entre le bel et étrange endroit et la belle et étrange faune. Nous sommes dessous comme, par exemple, Leopardi, ému et séduit, allait sous la lune. »

Denys-Louis Colaux _Chroniques du Poisson Pilote n°17

23/10/2015